Fabian Cerredo
1957 - 2005
Présentation
Fabian Cerredo est un peintre d’une extraordinaire générosité artistique. Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Buenos Aires, il s’installe à Paris dans les années 1980, où il poursuit sa carrière et développe une œuvre profondément narrative et baroque.
Son style, souvent qualifié de « peinture cultivée », puise dans la littérature, la mythologie et les grands récits.
Cerredo combine une matière picturale dense, des couleurs vibrantes et une touche énergique, tout en conservant un sens profond de la structure narrative. Ses dessins — lavis ou à l’encre — témoignent aussi de son talent de dessinateur et précèdent souvent ses grandes compositions.
Les critiques situent Cerredo dans une veine expressionniste/baroque
contemporaine : une peinture « qui parle » — communicative, narrative et parfois théâtrale — plutôt qu’une peinture uniquement contemplative. Sa dimension narrative (références littéraires) le distingue et lui donne une place spécifique parmi les artistes argentins ayant travaillé en Europe
L’une des particularités majeures de son œuvre est la place qu’y occupe la
littérature. Cerredo n’illustre pas les textes : il les réinterprète. Il s’en sert comm d’un socle mythologique, d’une source d’images qu’il transforme en matière picturale.
Ses grandes séries consacrées à Cent ans de solitude de García Márquez, à
Gargantua de Rabelais ou à Candide de Voltaire témoignent de cette relation
intime au récit. Il s’empare des personnages, des situations, voire des
atmosphères, pour en tirer une iconographie personnelle. Ses toiles deviennent alors des scènes peuplées : entre carnaval grotesque, cortège populaire et vision magique.
Fabian se rapproche en cela d’une tradition picturale qui va de Goya à Ensor, en passant par les peintres expressionnistes. Mais contrairement à ces modèles, Cerredo installe toujours dans ses scènes une forme d’humanité chaleureuse, même lorsque le grotesque ou le chaos semblent dominer.
La dimension humaniste de son travail n’est jamais discursive. Elle émerge de sa manière de peindre les corps : lourds, fragiles, aimants, maladroits, exubérants. Il peint l’humain tel qu’il est : multiple, contrasté, excessif parfois, mais toujours traversé par une vitalité essentielle.
Cette vitalité est peut-être le cœur de son œuvre. Cerredo ne fige rien : il célèbre la vie, ses débordements, ses excès, ses beautés et ses faiblesses. Ses toiles sont des scènes ouvertes, où chaque figure semble prête à sortir du cadre pour continuer son histoire ailleurs.
Bien qu’il ait vécu à Paris à une époque où les courants artistiques se succèdaient rapidement, Cerredo refusa la tentation des styles dominants. Ni minimaliste, ni conceptuel, ni réaliste au sens strict, il a suivi une voie personnelle, nourrie autant par ses racines argentines que par sa vie européenne.
Cette position en marge lui conféra une liberté totale : liberté de raconter, de
réinventer, de rire, de faire surgir le sacré au cœur du profane.
Aujourd’hui encore, cette liberté donne à son œuvre une fraîcheur et une force peu communes.
Après sa mort en 2005, plusieurs expositions et publications lui sont consacrées.
Ses dessins et peintures circulent dans des collections privées, dans des galeries et dans des centres d’art. Les monographies qui lui sont dédiées montrent l’intérêt croissant pour son œuvre, notamment auprès de ceux qui réévaluent la place de la narration dans la peinture contemporaine.
Cerredo apparaît désormais comme l’un de ces artistes dont l’œuvre, discrète
mais puissante, continue de grandir après leur disparition.
Benoît Lanoy


